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« Technopolitique » de Asma Mhalla, un essaie politique mais capitaliste ?

· Alysson

J’ai vraiment hésité avant d’écrire ce billet. Déjà parce que les essais, ce n’est pas forcément mon truc à la base, mais en plus celui-ci est écrit par une femme et je n’ai aucune envie d’aller à l’encontre d’une adelphe. Alors que la première moitié du livre m’a plutôt plu, la seconde moitié, elle, était beaucoup plus laborieuse.

Couverture aux tons violet et rouge avec des planètes en haut et en bas, le nom de l’autrice et la phrase « comment […] soldats » en rouge et le titre principal du livre « Technopolitique » en lettres capitale blanches pointillées

Quatrième de couverture

Intelligence artificielle, réseaux sociaux, implants cérébraux, satellites, métavers… Le choc technologique sera l’un des enjeux clés du xxie siècle et les géants américains, les « BigTech », sont à l’avant-garde. Entités hybrides, ils remodèlent la morphologie des États, redéfinissent les jeux de pouvoir et de puissance entre nations, interviennent dans la guerre, tracent les nouvelles frontières de la souveraineté. S’ils sont au cœur de la fabrique de la puissance étatsunienne face à la Chine, ils sont également des agents perturbateurs de la démocratie. De ces liens ambivalents entre BigTech et « BigState » est né un nouveau Léviathan à deux têtes, animé par un désir de puissance hors limites. Mais qui gouverne ces nouveaux acteurs privés de la prolifération technologique ? A cette vertigineuse question, nous n’avons d’autre choix que d’opposer l’innovation politique !

S’attaquant à tous les faux débats qui nous font manquer l’essentiel, Asma Mhalla ose ainsi une thèse forte et perturbante : les technologies de l’hypervitesse, à la fois civiles et militaires, font de chacun d’entre nous, qu’on le veuille ou non, des soldats. Nos cerveaux sont devenus l’ultime champ de bataille. Il est urgent de le penser car ce n’est rien de moins que le nouvel ordre mondial qui est en jeu, mais aussi la démocratie.

Docteure en études politiques, Asma Mhalla est chercheure au Laboratoire d’Anthropologie Politique de l’Ehess. Politologue spécialiste des enjeux politiques et géopolitiques de la Tech et de l’IA, elle conseille gouvernements et institutions dans leur politique publique technologique. Elle a produit et animé, à l’été 2023, l’émission « CyberPouvoirs » sur France Inter qui a été très remarquée.

Première partie ; construction du monde

La première partie est celle avec laquelle j’ai le plus appris de choses. L’autrice nous explique en quoi les BigTechs sont partout et sont un problème pour la démocratie, et en quoi les états (démocratiques) ont besoin des BigTechs pour leurs besoins technologiques. Je n’ai pas beaucoup de notions en économie ni même en politique, donc j’ai vraiment appris beaucoup de choses, comme tout ce qui est régalien ou philosophique, par exemple avec Karl Marx. D’ailleurs, Asma explique tout ça avec un point de vue marxiste qui est assez accessible, même aux plus néophytes comme moi. Cette partie est une réelle pépite, la personnalisation de masse, les technologies de l’« hypervitesse », la bataille cognitive qui se joue actuellement, etc. Tout est bien entendu sourcé et son travail est absolument incroyable. J’ai beaucoup aimé.

En même temps que ma lecture, j’ai, comme d’habitude, traîné sur le Fediverse avec mes sujets préférés qui rejoignent très souvent les propos de l’autrice, comme cet article de The Guardian sur l’IA et l’intelligence humaine.

Seconde partie un peu trop libérale ?

En partant du principe que les BigTechs sont des entités plus idéologiques et politiques que de simples outils, avec lequel je suis tout à fait d’accord d’ailleurs, Asma propose une co-gouvernance entre les acteurs technologiques et les états (États-Unis, Union européenne, Canada, Australie, …). J’ai un peu grincé des dents car, à aucun moment, l’idée de se passer de ces outils n’est évoquée. À aucun moment, l’idée que ces outils « souverain » existent déjà. À aucun moment la proposition est faite de se passer des outils étasuniens ou chinois pour aller à l’encontre du système que les GAFAM sont en train de construire. Le livre cite Amazon, Twitter/X, Facebook, Instagram et tous ces réseaux, mais une seule fois, de manière anecdotique, des “alternatives” européennes qui sont construites dans le respect de la vie privée.

À un moment, Asma Mhalla fait mention du CLOUD Act, comme ici :

Le Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act dit Cloud Act est quant à lui une loi fédérale américaine de 2018 qui autorise les agences fédérales ou locales étasuniennes à exiger l’accès aux données personnelles stockées dans le cloud, dès l’instant où un acteur technologique américain est impliqué dans la collecte ou le stockage desdites données.

Ceci est l’élément déclencheur de la quasi-totalité de mes choix dans l’informatique. Je ne comprends pas à quel moment on peut faire en sorte d’accepter et juste acquiescer à une telle loi devenue alliance (États-Unis (d’Amérique), Grande-Bretagne et Australie) à des fins de contrôle politique dans un contexte où les associations LGBTQIAP+ sont terroristes et où les migrants sont classés comme « aliens ». Juste non, putain, NON.

« Alternatives à… »

Dans le livre, « Mastodon » n’apparaît qu’une seule fois, au chapitre deux :

quelques réseaux sociaux coexistent et des alternatives comme Mastodon n’ont pas réussi à passer à l’échelle

Construire le narratif autour de Mastodon, Mobilizon ou Peertube comme des alternatives, c’est les mettre à côté des outils libéraux des GAFAM. Ils n’ont pas été construits pour concurrencer les GAFAM, mais pour en être des outils d’émancipation. On s’en fout complètement s’ils « n’ont pas réussi à passer à l’échelle ». À l’échelle de quoi, en fait ? Celle d’avoir des politiques dessus, un contrôle coercitif par leur CEO comme le nazillon Elon 🖕 Musk qui veut réduire Marine Tondelier au silence ?

Capture d’écran de l’onglet d’actualité sur DDG avec l’ingérence de Elon Musk qui attaque Marine Tondelier, candidate aux élections présidentielles françaises de 2027

Passer à l’échelle pour avoir ces rats, merci, mais non merci.

Il existe effectivement des « alternatives » qui, elles, sont construites et même promues par la Commission Européenne comme « W Social » qu’Elena Rossini a joyeusement détruit dans une série d’articles de blog.. Donc, merci à elle et on n’utilise pas ce réseau de ses morts non plus, même s’il est européen. Il est capitaliste avant d’être européen et cette raison est totalement valable pour ne pas y être.

Pour conclure

Pour conclure, j’ai envie de rappeler de réfléchir aux essais. Ce n’est pas mon truc à la base, clairement pas, mais c’est important de réfléchir aux phrases, pourquoi tel essai existe et de détricoter un peu tout ça. J’ai aimé la première partie, sincèrement. La seconde, j’ai soupiré de nombreuses fois, j’ai mis trois semaines pour lire environ 120 pages. Il ne faut pas prendre pour argent comptant les propos d’un bouquin, déconstruire aussi ce qui se dit dedans. J’ai écouté certaines émissions d’Asma Mhalla chez France Inter et, en vrai, j’aime beaucoup. Je ne suis juste pas alignée avec elle sur une cogouvernance des BigTechs.

Prenez soin de vous.

PS : je vous mets ce gif que musk déteste, parce que je peux, parce que je suis libre d’agir sur mon propre blog, en dehors de toute jurisdiction américaine.

Elon Musk qui fait un salut nazi

#essai #politique #informatique #capitalisme

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